Au loin, le parlement fédéral de Berne qui domine l'Aar

Journée un peu plus institutionnelle que cette troisième de la mission parlementaire. Nous rencontrons ce mercredi l’Office fédéral du Transport (OFT) et nos homologues de la commission du Transport du Conseil National, la chambre du parlement suisse qui regroupe les représentants des cantons (deux représentants par canton, peu importe la population représentée). Une rencontre qui a lieu au moment où la Suisse réfléchit à son nouveau plan Rail 2030, un plan chiffré entre 12 et 21 milliards de francs suisses, selon les différentes options retenues à ce stade.

Ici, on nous rappelle la volonté d’encore et toujours contribuer au passage à travers les Alpes du trafic ferroviaire, et en particulier du trafic de marchandises. Volonté soutenue parfois contre les politiques par les citoyens suisses dans ce pays aux pratiques de démocratie directe très développées.

C’est pourquoi, sans investir dans la grande vitesse, la Suisse souhaite bien évidemment se connecter aux réseaux européens de transport ferroviaire, et notamment les corridors de fret qui descendent vers l’Italie depuis l’Allemagne ou les Pays-Bas. Et continuer à pratiquer une politique volontariste de transfert de la route vers le rail, tant pour les voyageurs que pour la marchandise. En 2008, un Suisse parcourait en moyenne 2.422 kilomètres en train. Un Belge n’en parcourait alors que 1.000…

En matière de fret, la Suisse pratique fortement le ferroutage et subventionne le transport par rail des marchandises en fonction de ses intérêts nationaux : pour éviter d’asphyxier les vallées, le trafic qui passe par la Suisse peut bénéficier de moyens publics, ce qui améliore sa rentabilité. Idem pour certains trafics plus régionaux, comme le chemin de fer des Grisons, par exemple. Une chose devenue impensable dans l’Europe des 27 qui interdit toute subvention du transport public par rail au nom d’un libéralisme dogmatique. Ce qui tue petit à petit les opérateurs ferroviaires et jettent sur les autoroutes de nombreux camions supplémentaires. Un affront à la mobilité et aux politiques de réduction des gaz à effets de serre.

Néanmoins, la volonté suisse de s’intégrer dans le paysage européen (sans s ‘y fondre… du moins pour l’instant) oblige aussi à réfléchir à l’adoption plus ou moins stricte des règles européennes (les fameux paquets ferroviaires, entre autres), sans parler des standards de sécurité. Mais on a vu sur cette dernière question combien la Suisse était en avance sur bien des pays de l’Union. Ainsi, faut-il, comme en Belgique, opérer une scission entre opérateurs de transport (marchandises ou voyageurs) et gestionnaire de l’infrastructure au nom de la libre concurrence et de la non-discrimination entre opérateurs ferroviaires ? Hier, le patron des chemins de fer suisses nous disait son bonheur d’avoir l’opérateur et le gestionnaire de l’infrastructure réunis dans la même entreprise. Aujourd’hui, le discours de l’OFT est plus mitigé. Le débat fait rage nous dit-on entre les tenants des deux écoles : scinder ou non les deux métiers. Pourtant, il n’est pas du tout certain ue l’Europe exige une telle désintégration des sociétés de chemins de fer : Isabelle Durant (Ecolo) avait obtenu début des années 2000 de sauvegarder l’unicité de la SNCB en externalisant les missions de régulation du trafic ferroviaire. Le débat n’est pas neutre, notamment en matière de sécurité. La SNCB collabore-t-elle vraiment avec Infrabel dans la mise en œuvre des systèmes de freinage automatique? Les entités ne se rejettent-elles pas les responsabilités ? Autant de questions que la Commission spéciale sur la sécurité du rail est amenée à se poser. C’est dans tous les pays que le débat se pose, tôt ou tard.

Berne : ici, le piéton a la priorité

Fin d’après-midi, découverte sous le soleil de quelques quartiers de Berne, une ville où la pression automobile est quasi -inexistante. Piétons, cyclistes, trams et bus sont privilégiés dans le trafic. On se balade dans cette ville-capitale comme dans un village. Demain, retour vers Bruxelles par le train via Bâle.