Goma. Mercredi 30 novembre. Les élections sont terminées plus de 36h00 et le calme semble régner un peu partout. Les citoyens font le tour des bureaux pour prendre connaissance des résultats affichés à l’extérieur.

Je reviens dans ce post sur notre journée d’observation du 28 novembre.

Il est 5h30 quand nous nous mettons en route ce lundi. Direction, le quartier des volcans, et l’école de la pépinière, encore désignée comme l’école des belges. Ici, le centre de vote comprend 9 bureaux. A notre arrivée à 5h40, une petite centaine de personnes font la file. Les policiers laissent passer les témoins des candidats et des partis, déjà très nombreux à dans la cour de l’école, ainsi que les observateurs nationaux et internationaux après contrôle de leur carte d’accréditation.

Nous choisissons de nous rendre dans le bureau de vote H, là où il n’y a encore aucun observateur. C’est une petite classe de 4 mètres sur 6 qu’on a débarrassé de la majorité de ses bancs d’école en bois. Au fond, dans chaque coin de la pièce, un isoloir en carton. Au milieu de la pièce, les urnes transparentes d’un mètre de haut, une avec un couvercle bleu pour les bulletins de la présidentielle, une avec un couvercle jaune pour les bulletins des législatives. Il ne manque que les bulletins de vote, transférés dans chacun des bureaux de vote après comptage dans un autre local.

Président, assesseurs et secrétaires s’affairent aux derniers préparatifs. Une fois tout en place, le président du bureau et un assesseur sortent les urnes devant les témoins amassés à l’extérieur. Le message est clair : ici, pas de bourrage d’urnes ! Une fois ces deux urnes scellées, l scrutin peut commencer avec deux heures de retard. Ce sont 554 électeurs qui sont inscrits dans ce bureau de vote.

Vers 8h45, nous reprenons la route vers l’extérieur de la ville et nous nous rendons au centre de vote de l’Institut Faraja où Claude, notre chauffeur effectue son devoir de citoyen. Après quelques kilomètres de route cabossées et défoncées, les pavillons de classe s’étalent devant nous. Il et 9h00 et les files sont déjà très longues devant les 29 bureaux de vote du centre. Enfants, personnes âgées, jeunes, hommes et femmes, on fait la file ou on patiente dans l’herbe et dans le calme.

Ici, les bureaux de vote sont plus spacieux. Dans le bureau M, les électeurs entrent au compte-goutte. Chacun d’entre eux, doté de sa carte d’électeur, après recherche de son nom sur la liste, reçoit du président un bulletin de vote pour la présidentielle et se rend dans l’un des quatre isoloirs. Une fois son choix effectué, il dépose sont bulletin dans l’urne et reçoit de l’assesseur l’imposant bulletin de vote pour les législatives. Sur la circonscription de Goma, il doit choisir entre 256 électeurs qui se disputent 6 sièges de député national ! Cela donne un bulletin de 6 pages où se succèdent les noms, numéro, sigle et photo des candidats. Le passage dans l’isoloir est alors plus long et plus souvent laborieux. Après avoir conversé avec les électeurs, les témoins et le président du bureau de vote, nous reprenons la route.

Au fil de la journée, nous visiterons ainsi 17 bureaux de vote répartis sur la circonscription de Goma. Dans les des quartiers de Mavuno, Virunga, Katoyi, ou là ou la vie se reconstruit sur la coulée de lave laissée par le volcan Nyiragongo en janvier 2002, partout les gens se pressent pour voter, partout les présidents, assesseurs et secrétaires, souvent très jeunes, effectuent leur travail avec professionnalisme. Partout nous sommes accueillis avec enthousiasme par la population.

Vers 17h30, nous arrivons enfin dans le quartier de Mapendo, grouillant de vie. Dans l’école de l’institut UMOJA, l’obscurité tombe et les derniers électeurs admis dans les 8 bureaux votent dans la pénombre. Dans la petite cour de l’école, c’est la grande affluence en attendant les opérations de dépouillement.

Maintenant, l’obscurité est totale. On s’éclaire à l’aide de GSM. Et dans les bureaux deux petites lampes au néon éclairent péniblement le travail de comptage et de dépouillement. Dans le bureau que nous choisissons d’observer, c’est vers 21h00 que les opérations débutent. On déverse les 347 bulletins de la présidentielle sur la table formée à l’aide des deux isoloirs. Commence une longue cérémonie : le président se saisit s’un bulletin, le déclare valable ou pas sous l’œil des témoins. Il le passe ensuite à son assesseur qui annonce le contenu du vote en levant à bout de bras le bulletin.

Après deux heures, le verdict tombe. Kabila obtient ici 166 voix, Kamhere, le candidat du cru, 150 voix, et Thsisekedi 3 petites voix. S’entame alors pour le reste de la nuit le dépouillement des législatives. A la fin des opérations, les résultats du vote seront affichés à l’extérieur du bureau. Autre gage de transparence voulu par la CENI, commission électorale nationale indépendante.

A Goma, à part les violences dont a été victime un responsable de centre de vote, les élections se sont déroulées dans le calme.

Dans un post suivant, lorsque l’AWEPA aura diffusé ses premières conclusions, je tenterai de tirer quelques conclusions de notre travail d’observation.

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